samedi 7 octobre 2017

La vie de Massaï, ça vous dit ?



Si je vous dis Tanzanie, vous pensez… Kilimanjaro, safari, Zanzibar mais aussi… Tribus massaïs, non ? Allez, avouez que vous l’avez en tête ce cliché du beau et fier guerrier massaï, dans son costume traditionnel, avec son bâton et ses bijoux somptueux.
Bon, eh bien les Massaïs n’existent pas que dans le films. Il y en a plein partout à Arusha et dans tout le Nord de la Tanzanie. On les voit se promener en ville avec leur « costume » deux-pièces et leur bâton massaï. On les voit sur le bord des routes, dans les champs en train de mener leur troupeau. Donc forcément, ça donne envie de mieux comprendre qui sont ces Tanzaniens à la culture bien à part.



L’avantage ici, c’est que les gens sont très ouverts et prêts à partager leur culture. Surtout s’il y a un peu (beaucoup) d’argent à la clé ! Bref, quand je lui ai dit que je voulais passer du temps dans un village massaï, la gérante de mon hôtel n’a eu qu’un coup de fil à passer organiser ma journée. Un chauffeur est passé me chercher à 7h30 du matin. 30 minutes et 30 km plus tard, il s’arrêtait sur une échoppe au bord de la route, pour payer les services d’un « passeur ». Parce qu’il faut quand même montrer patte blanche : hors de question de débarquer tout seul chez les gens sans invitation. 15 minutes de marche dans la poussière volcanique et nous pénétrons dans un « boma », un ensemble de quelques huttes appartenant à une même famille. Si je voulais un truc hors de sentiers battus, je suis servie : l’endroit n’est pas du tout fréquenté par les touristes. C’est le plus vieux fils de la famille qui prend les commandes et répond à mes questions. Par l’intermédiaire de mon chauffeur-traducteur évidemment. Chaque membre adulte de la famille (les mères, le père, le fils, sa première femme…) a sa petite hutte ronde, une seule grande pièce, où l’on dort mais aussi on l’on garde une partie du troupeau. A l’extérieur, une autre petite hutte abrite la « cuisine », un feu avec quelques casseroles. Pas d’électricité, mais un point d’eau, aménagé par le gouvernement, est présent à proximité.
Le jeune massaï commence à raconter : « Ici, les hommes ont deux femmes. Dans certaines familles, ils en ont beaucoup plus, mais il faut être riche pour ça. Dans tous les cas, ce sont les parents qui choisissent la future femme. Leur objectif est notamment d’éviter les familles où il y a des maladies, pour que nos futurs enfants soient forts. Chacun vit dans sa hutte et se retrouve quand il le souhaite. Les enfants dorment avec leur mère. Certains d’entre eux vont à l’école, mais pas tous. » Dans la journée, la famille est essentiellement occupée à garder le troupeau (vaches et chèvres) et à cultiver la terre. Le peu d’argent dont ils ont besoin, ils l’obtiennent en vendant de la viande ou des légumes. Mais ils sont pratiquement auto-suffisants. Il faut dire que les repas sont simples :  du maïs bouilli dans du lait et de la viande, c’est à peu près tout.
Et pour les distractions ? « On aime beaucoup chanter », sourit-il en demandant aux enfants de venir faire une petite démonstration (pas bien convaincante, mais très marrante). Pas si simple d’imaginer cette vie sans aucun des loisirs qui nous sont si familiers. Bientôt, la tribu va fêter la circoncision de l’un des leurs, qui se déroule à l’âge presque adulte, entre 15 et 20 ans. L’occasion d’une fiesta de deux jours où tous les Massaïs du coin se retrouvent. Quant au nouveau circoncis, il est jugé apte à vivre seul et a alors droit à sa propre hutte. Youpie !
La "potion magique"
Question qui me passionne : celle de soins et de la santé en général. « Nous avons un mélange de sept herbes qui fonctionne pour presque tous les maux, surtout quand on a de la fièvre ou des symptômes liés à la malaria », explique le jeune homme tout en mon montrant le fameux sachet d’herbes. Mouais… Et si jamais on se casse une jambe ? « Alors on fabrique des attelles pour tenir la jambe droite et on fait boire au malade une décoction qui va l’aider à guérir. » Globalement, les Massaïs ne vont jamais à l’hôpital ou chez le médecin, y compris pour accoucher, ce qui complique évidemment le rescensement des tribus. C’est vraiment fascinant de découvrir cette vie si radicalement différente de la nôtre. Pour eux, hors de question de changer de mode de vie : « Quand certains le font, et partent vivre en ville, c’est parce qu’ils sont trop pauvres, leur troupeau est trop petit et ils ne peuvent pas survivre. » Quant à ceux qui seraient tentés par le « confort moderne », ils sont très vite « répudiés » car ils menacent l’équilibre de la tribu. « Nous sommes heureux, nous n’avons besoin de rien de plus », résume le jeune homme. 

Et aussi 
J'en profite pour vous renvoyer vers un article du Monde paru ce 6 octobre et qui aborde justement la communication entre les touristes et les Massaïs. Même si je ne l'ai pas vécu comme ça (mon "village" n'était pas touristique, il n'y avait rien à vendre), j'y ai quand même retrouvé pas mal de choses.
Quand des touristes occidentaux rencontrent des Masai, nobles sauvages de leur imaginaire

jeudi 5 octobre 2017

"Pole pole" sur les chemins du Mont Meru



Youhouu ! Cette année, c’est la Tanzanie ! Voilà bien un nom qui fait rêver, n’est-ce pas ? Tout comme « Kilimanjaro », non ? C’est pour ça que jusqu’à trois semaines avant le départ, j’avais la ferme intention de partir à l’assaut de la plus haute montagne africaine et de ses cimes enneigées. Mais ça, c’était avant que je lise plusieurs articles sur les nombreux touristes qui, chaque année, meurent avant d’être redescendus, et sur tous ceux qui n’atteignent jamais le sommet. Impossible d’avoir des chiffres précis mais ils seraient entre 40% et 50%. Bref, j’ai décidé de faire un truc sur des sentiers moins battus : partir à l’assaut du Mont Meru.
3e sommet d’Afrique, à 2 heures de route du Kilimanjaro, il est, d’après le Lonely Planet, injustement ignoré des touristes alors que la promenade est beaucoup plus belle que celle du Kili. Beaucoup plus dur aussi, mais ça je ne l’ai su qu’après avoir réservé !
Bref. Jour 1 en Tanzanie. Arrivée la veille au soir et prise en charge par Gordon de Tanzania on Foot, je n’ai encore rien vu d’Arusha, la ville au pied du mont Meru… A 9h30 (presque) tapantes, Gordon est là comme promis. Bon, évidemment, il avait oublié de préciser qu’ensuite il irait chercher ma lunch box quelque part, puis prendre au passage un porteur, puis un guide, puis mettre de l’argent sur la carte bancaire… De quoi avoir déjà un bon aperçu de la ville ! S’ensuit une (très) longue attente à l’entrée du parc, puis une autre au point de départ de la randonnée. C’est qu’un ranger doit absolument nous accompagner (parc national = animaux sauvages en liberté = possibilité (à mon avis minime mais bon…) de se faire embrocher par un buffalo), et il en manque un, il faut donc attendre. « Hakouna Matata », me dit gentiment une Allemande qui poireaute elle aussi. Elle est en Tanzanie depuis trois semaines et, apparemment, c’est le motto qu’il  faut intégrer pour vivre heureux. Je vais donc tenter.
Et au loin, le Kilimanjaro
C’est donc parti pour 3 bonnes heures de grimpette, « pole pole, slowly slowly ». D’ici à la tombée de la nuit, vers 18h30, nous devons avoir rallié le premier camp, 1000 mètres plus haut. Rien de bien compliqué, ça grimpe mais c’est largement faisable. Paysages de montagnes magnifiques, babouins et antilopes qui nous saluent presque au passage… C’est beau et on en redemande !
L’arrivé au camp se fait donc dans la bonne humeur et la détente. Distribution des chambres (de petits dortoirs de 4 personnes, très bien tenus) et c’est déjà l’heure du thé réconfortant, suivi d’un dîner copieux et bon, ce qui ne manque pas de susciter l’admiration : les cuisinier nous préparent midi et soir de vrais plats, avec pour tout matériel un petit réchaud et quelques ustensiles.
Jour 2. Depuis la veille, on nous répète que cette fois, ça va être « very steep », très pentu quoi, et donc pas facilement. Encore 1000 mètres de dénivelée à avaler ce matin, avant de partir à l’assaut du « Little Meru », l’après-midi. Bon, c’est vrai que ça grimpe mais franchement, ça se fait. Contente quand même d’arriver à Saddle Hut, notre 2e camp, celui d’où l’on partira demain matin pour l’ascension du sommet, la vraie. Pour l’instant, aucun symptôme de mal des montagnes, ce mal qui se déclare en altitude, à cause du manque d’oxygène. Même la grimpette du Little Meru, à 2850 mètres, se fait plutôt très bien. La vue est vraiment saisissante. Au loin, le Kilimanjaro, en dessous, la forêt tropicale, et tout autour, des centres volcaniques, des terres brûlées et, caché au cœur du mon Meru, un cratère dans le cratère. Epoustouflant.
Retour au camp à 17h, dîner dans la foulée. C’est tôt ? Pas quand on sait que le réveil sonnera à minuit, pour démarrer l’ascension vers 0h30. Pourquoi de nuit ? C’est une question que je me pose encore !! A part observer le lever du soleil sur le Kilimanjaro ou tester ses facultés d’orientation dans le noir, je ne vois pas trop.
Ca fait rêver non? Bon, compter 6 h de marche pour avoir cette vue, quand même
aBref, il est 1h du matin et c’est parti pour (théoriquement) 6h de marche. Les 350 premiers mètres de dénivelée nous laissent (faussement) croire que ce sera facile. Mais je déchante très vite en apercevant l’étape suivante : des chaînes plantées dans la roche, auxquelles il faut s’accrocher, tout en posan ses pieds sur des pierres qui dépassent avec, en dessous, le vide. Gloups. Je vous ai déjà dit que j’avais le vertige ? Non ? Et si. Et j’aurais bien aimé qu’on me prévienne que ce n’était pas juste une randonnée mais plutôt de l’escalade, sérieusement. Grâce à mon guide, je finis par franchir la paroi, sans avoir aucune idée de l’ampleur du vide sous mes pieds. Il va sans dire qu’aucun de nous n’est sécurisé par un baudrier, sinon ce serait vraiment trop simple.
Je crois que c’est après cette première épreuve que j’ai commencé à ressentir les symptômes. Les jambes qui flageolent, la tête qui tourne un peu. Rien de grave au début, mais le souffle me manque et je suis obligée de ralentir la cadence. Normal à 4000 mètres d’altitude. Mais plus on grimple, plus je me sens défaillir, et mon cœur part en course folle. Il semblerait bien que je sois, pour la première fois, victime de mal des montagnes. Pour l’instant, j’avance encore. Mais quand un des guides nous anonce qu’il ne reste « plus que » trois heures de marche, mes dernières forces se font la malle. Heureusement, mon guide attitré (Roger) et mes copines de galère (deux Américaines et une Allemande rencontrées le premier jour) refusent que j’abandonne et m’encouragent. Pour l’instant, elle sont encore en forme. Laura est prof de ski et alpiniste, elle nous sème donc assez rapidement. Toutes les trois, nous nous serrons les coudes et flanchons à tour de rôle. Assez rapidement, il faut se rendre à l’évidence : nous ne serons pas au sommet pour le lever du soleil. Personnellement, je m’en fiche complètement. Au point où j’en suis, je serais presque prête à abandonner. Je crois que j’ai dû lire trop d’articles sur les personnes mortes du mal des montagnes. J’ai peur d’être trop malade et de ne pas savoir m’arrêter à temps. A force de m’entendre couiner, cette fois même mon guide, qui me disait que tout allait bien, change d’attitude. « OK, peut-être c’est trop dangereux, on va rentrer ». Je ne sais pas si c’est mon orgueil (au point où j’en étais, franchement, mon amour propre était relégué très bas sur la liste de mes priorités) ou la peur de regretter, mais cette petite phrase suffit à me donner un petit coup de fouet. Il reste une heure d’escalade ? Va pour l’heure d’escalade ! Je m’arrêterai tous les deux mètres s’il le faut, mais j’y arriverai. Les derniers mètres de dénivelée sont vraiment périlleux. Il faut se hisser d’un roche à l’autre. Chaque mouvement est une douleur. J’ai du mal à reprendre ma respiration. J’ai froid. Bref, c’est la merde. « You’re strong, you’re a lion ! » me lance Roger pour m’encourager. Apparemment, ça l’impressionne davantage de me voir continuer dans un si piteux état que si j’avais réussi en sifflotant.
7h30. Une heure après le lever du soleil (mais on s’en fout) : ça y est ! Je suis tout en haut ! A moitié morte, mais en haut ! Je baisse les yeux (bin oui, je suis en haut) sur le panorama qui s’offre à moi. 24h après, je ne sais pas si je dirais que ça valait les 6h30 d’ascension périlleuse, mais je reste quand même bouche bée. Quel paysage incroyable, presque surréaliste !
A la descente, je découre l'incroyable paysage que nous avons traversé...
Le froid finit par abréger ma contemplation. Il est temps de redescendre, même si mes jambes sont toujours aussi capricieuse. Une bonne heure plus tard, je sens que les symptômes s’estompent peu à peu. Redescendue à 4000 mètres, je respire enfin presque normalement et la sensation de tournis est partie. Bientôt c’est la délivrance et je cours littéralement sur le chemin du retour, dans un paysage de rêve. Autant j’ai détesté chaque minute de la montée, autant la descente est un vrai plaisir.
A peine arrivée au camp et après les félicitations d’usage, il faut déjà reprendre la route : et oui, c’est qu’il faut redescendre maintenant, jusqu’à Momella gate, où commence le chemin de trekking. 5h de descente, ajoutées aux 10h de la nuit (le tout après une nuit blanche, donc), ça nous fait donc une petite journée à 15h de marche. Bizarrement, je ne tombe même pas de sommeil. L’adrénaline et l’air des montagnes, sans doute.
Mon ressenti à J+1 ? A part les courbatures qui m’empêchent aujourd’hui de me mouvoir normalement, je suis hyyyper contente d’avoir réussi l’ascension mais, surtout, de ces trois jours de marche. Pour un peu, je recommencerais presque demain ! Non, je blague.

Infos pratiques
>> L’ascension du mont Meru se fait généralement en trois jours. Possible également en 4 jours pour ceux qui veulent passer plus de temps dans les montagnes
>> On peut organiser seul son trekking mais il faut de toute façon « louer » un ranger à l’entrée du park. Et si possible un cuisinier et un porteur et acheter des provisions. Cela revient moins cher, mais c’est beaucoup plus compliqué à organiser
>> Je suis passée par l’agence Tanzania on Foot. Le personnel (guide, cuisinier, porteurs) était très bien, mais je ne recommanderais pas l’agence. Pour résumer : assez cher et pas hyper fiable, même si globalement, la prestation a été assurée. Par exemple, contrairement à ce qui était écrit dans la prestation, je n’avais pas de bâtons de marche et je doute que mon guide ait eu une bouteille d’oxygène sur lui comme prévu.
>> Les prix sont très variables d’une agence à l’autre. Moi j’ai payé 850 euros (incluant deux nuits d’hôtel et le transport AR depuis l’aéroport, mais c’était cher, notamment parce que j’étais seule. Ne pas oublier que le tip est obligatoire et très élevé (moi par exemple j’ai dû laisser 100 euros). D’où l’intérêt de partir en groupe quand on peut.
>> Dans les camps, il n’y a pas d’eau courante. Les cuisiniers nous font chauffer de l’eau pour une petite toilette mais comme il n’y a pas non plus d’espace fermé à part les toilettes (sèches, qui puent), ce n’est pas très pratique : prévoyez des lingettes !

vendredi 28 octobre 2016

"Mais tu trouves ça normal de voir des charrettes à cheval dans la rue ? Vous en avez en France ?"

Voiture à cheval, touk-touk, camion, vélo...
A Cuba, il faut parfois faire preuve d'imagination pour se déplacer.
Cette question, elle m’a été posée par mon chauffeur de taxi, qui m’emmenait à la gare d’autobus (oui, cherchez pas, comme dans beaucoup de villes en Amérique latine, ça coûte plus cher de se rendre à la station de bus, qui est super loin du centre, que le billet de bus pour la destination suivante…). Une des conversations les plus intéressantes que j’aie eues ici, à bord de sa voiture Renault de 1957, entièrement retapée, comme neuve quoi. Légèrement polluante par contre. Bref, Ricardo (enfin c’est le prénom que je viens de lui inventer) est bavard, et il veut savoir pourquoi je suis venue visiter Cuba.
-    La culture, l’histoire, tout ça…
-    Ah oui, la culture, et la vie quotidienne, c’est très différent de la France hein ?
-    Oui et non…
-    Comment ça ? On est tellement en retard : regarde dans la rue ! Vous avez encore besoin de voitures à cheval vous ? il y a des taxis collectifs ?!
-    Non, mais je voulais dire, le niveau d’éducation est le même, on a les mêmes références, ici tout le monde ou presque va à l’université.
-    Ah oui, ça c’est vrai, nous sommes un peuplé éduqué. D’ailleurs, moi, je suis prof d’économie à la fac…
Tiens tiens, cette fois, un chauffeur de taxi économiste. L’occasion rêvée pour aborder le sujet, donc.
-    Mais alors, en ce moment, l’économie, ça va plutôt mieux ?
-    Non, plutôt moins bien : depuis longtemps, on n’a plus les pays de l’Est. Mais jusque-là, nous avions le soutien de Hugo Chavez (ndlr : "le meilleur ami de Cuba", d’après Fidel, qui lui échange beaucoup de pétrole, contre beaucoup de médecins). Mais il est mort. Et nous avions le soutien de Dilma (Roussef, la présidente brésilienne), mais elle a des soucis (un euphémisme, disons...). Alors il ne nous reste pas grand-chose… Finalement, il n’y que le secteur des services qui fonctionne.
-    Le tourisme… Et alors, l’ouverture des Etats-Unis, c’est positif ?
-    Oui, je suis optimiste, je pense que c’est une bonne chose, le tourisme va se développer, on va créer des emplois. D’ailleurs, je m’apprête à ouvrir ma propre casa particular : t’as une adresse e-mail? Tu pourrais me faire de la pub auprès de tes amis français! Envoie-moi des touristes!

jeudi 20 octobre 2016

"Avant, j’étais prof, mais je ne gagnais pas assez"



Voici le témoignage de Dany, mon guide de Viñales. Depuis, j’ai entendu cette histoire un nombre incalculable de fois. Donc c’est la sienne, mais c’est aussi celle de milliers de fonctionnaires, y compris médecins et pharmaciens, qui, faute de moyens, se lancent dans le tourisme.
"Pourquoi je parle français et anglais ? Parce que j’ai étudié ces langues à l’université pardi ! J’ai étudié 6 ans à l’université de l’éducation, qui forme les professeurs à Cuba. Et ensuite, je suis devenu professeur à mon tour. J’aimais beaucoup ça. J’ai surtout enseigné l’anglais, qui est davantage enseigné ici. Mais le problème, c’est que je gagnais 20 CUC par mois (ndla : 20 euros). Ici à Cuba, c’est le salaire des fonctionnaires, et c’est très peu, pas du tout assez pour vivre, on peine même à survivre.
Alors il y a huit mois, j’ai décidé de me lancer et je suis devenu guide. Oui je suis de la région, mais je n’avais jamais fait ça avant. Pour moi, c’était la seule solution pour gagner un peu d’argent. J’aimerais bien, un jour, avoir ma propre maison. Je ne regrette pas mon choix : non seulement je gagne déjà beaucoup plus, mais cela me permet de pratiquer aussi le français et de rencontrer des gens."
Nombreux sont les profs aujourd’hui reconvertis en professionnels du tourisme. Mais pas que : dans les casas, beaucoup ont par ailleurs un emploi : architecte, pharmacien ou même médecin… Ces professions souvent jugées privilégiées en France, et qui exigent de longues années d’études, sont ici très mal rémunérées. Depuis quelques années, des milliers d’entre eux laissent donc tomber le métier qu’ils avaient choisi, et que souvent ils aimaient, pour tenter l’aventure touristique.
Avec plus ou moins de succès : tenir une casa particular n’est pas très compliqué. Ce qui l’est en revanche, c’est de joindre les deux bouts : clients ou pas clients, les propriétaires doivent payer une taxe élevée au gouvernement. La concurrence est si forte dans certaines villes comme Trinidad ou Viñales que beaucoup de casas ferment au bout de quelques mois, incapables de payer l’impôt en question.
Donc je résume, juste pour le plaisir : Cuba forme des élites, mieux et plus que beaucoup de pays. On compte aujourd’hui à Cuba 1 médecin pour 148 habitants, un taux à faire pâlir la France d’envie. Il les rémunère ensuite si peu que ces élites doivent abandonner leur profession, pour se lancer dans une entreprise privée précaire, sans aucune garantie pour leurs vieux jours. Ouais, je crois bien qu’il y a une couille dans le potage révolutionnaire.

lundi 17 octobre 2016

Trinidad : retour au XIXe siècle

Trinidad, ses rues pavées, ses maisons colorées...
Vous avez déjà eu cette impression que le temps s’était arrêté, suspendu à une époque et que la vie continuait comme alors ? A Trinidad, c’est exactement ça : on est en 1850 et l’on déambule dans les rues pavées, bordées de maisons coloniales toutes plus colorées les unes que les autres, en faisant attention de ne pas se faire renverser par une voiture à cheval. Une vraie parenthèse enchantée. Bon, évidemment, il y a quelques concessions à la modernité, mais l’on peut facilement s’imaginer à l’époque, tout est parfaitement conservé et mêmes les casas particulares sont, aujourd’hui encore, meublées comme au temps des colons. Non pas que l’on devrait être nostalgique de cette période, d’autant que Cuba fut l’un des pays qui résista à l’abolition de l’esclavage, mais le charme de la colonie opère définitivement. On imagine les grandes plantations de canne à sucre, les somptueuses propriétés… Et les pauvres, relégués dans d’autres sphères. A vrai dire, même ça, ça n’a pas tant changé que cela : le centre de Trinidad appartient à l’industrie du tourisme : les occidentaux viennent emplir les poches des heureux propriétaires de casas particulares, surtout s’ils ont la chance d’être répertoriés dans un guide de voyage quelconque.
Mais il suffit de marcher 5 minutes au Nord ou au Sud pour tomber dans un tout autre décor. Là aussi, on se croirait en 1850, mais version Cosette : bâtiments délabrés, vides, sans électricité ou presque… Là encore, deux mondes s’opposent. Au détour d’une de ces promenades, j’ai rencontré un couple, qui vit dans une sorte de cabane avec terrasse, en haut des collines. Il rêve de transformer sa terrasse en bar. Mais pour l’instant, il n’y a qu’une dalle de béton, et un vieil autoradio qui marche de temps en temps. Il suffirait de presque rien : un peu de peinture, une jolie nappe, quelques verres et de quoi faire des cocktails. C’est presque rien, mais pour ce charmant couple, c’est déjà énorme et pour l’instant, totalement inaccessible. Ce qui ne l’empêche pas d’accueillir les touristes à bras ouverts, et même de leur offrir quelques grains de raisin en échange de… rien ! C’est assez rare pour être souligné.

mardi 11 octobre 2016

Pour tout le reste, oubliez Mastercard !

Et voici le post rageur de 2016. Je l’ai peut-être déjà dit, à Cuba, tout ou presque est relativement facile. On trouve un hébergement sans chercher, il y a toujours une solution pour se rendre d’un point A à un point B (du moment qu’il s’agit d’une destination touristique « approuvée » par le gouvernement). Mais il y a une chose pour laquelle il vaut mieux se préparer : retirer de l’argent. Des pesos, du fric quoi. Parce qu’ici en tant que touriste, mieux vaut faire le plein, la vie coûte presque aussi cher qu’en France. Bref, je suis donc à Trinidad, la 3e ville la plus touristique du pays, où des dizaines de nationalités se côtoient. Et je cherche des distributeurs automatiques, parce que je vais bientôt être à court d’argent. Pas de problème, me répond-on à I’office du tourisme, en m’indiquant la seule banque avec des guichets automatique. Ah oui mais si, problème : le dit guichet n’accepte que les Visas. Heureusement, comme il y a toujours un plan B à Cuba, je me rends dans une Casa de cambio : normalement, on vient y changer ses devises (euros, dollars canadiens, mais surtout pas dollars US) contre de l’argent cubain. Mais on peut aussi retirer de l’argent en présentant sa CB et son passeport. En théorie. En pratique, c’est tout de suite plus compliqué.

Premier essai dans une première casa :

- Non, votre signature sur votre carte n’est pas la même sur que votre passeport
- C’est parce que je n’arrive jamais à signer deux fois exactement pareil (oui je sais… chacun ses problèmes :-))
- Je m’en fiche, je ne peux pas vous donner d’argent


OK… Deuxième essai dans une deuxième casa, après avoir difficilement effacé puis recopié ma signature
-  Non, je ne peux pas vous donner d’argent. Les 4 premiers chiffres de votre CB devraient être recopiés en dessous.
-   Mais je n’y peux rien, c’est la CB de ma banque, elle est comme ça et je n’ai jamais eu de problème
-  Peut-être, mais ici je ne peux pas vous donner d’argent. Il faut vous rendre à un guichet automatique

Bien, le guichet automatique Mastercard le plus proche est à 6h de route, je sens que je vais m’amuser…

Mais puisque j’ai une MasterCard Gold, que je paie super cher justement parce qu’elle est super efficace en cas de problème à l’étranger, c’est le moment de les appeler, non ? Après avoir décliné mon identité, mon numéro de carte, ma date de naissance et mon adresse postale, la réponse tombe, claire et nette : "On ne peut rien pour vous. De toute façon votre carte marche puisque je vois que vous avez fait un retrait le 5 septembre. Vous n’avez qu’à retourner au même guichet." Oui, c’était à La Havane, à 7h d’ici quoi… Et devant mon insistance : "Ecoutez, sinon faites opposition et votre banque vous enverra du cash en dépannage… Dans 5 jours." Et en attendant, je fais quoi pour payer mon logement et ma bouffe ? Je me prostitue ?

Bon, je vous épargne les 1001 péripéties suivantes, mais soyez rassurés : j’ai finalement trouvé LA solution : j’avais toujours ma vieille CB, normalement périmée depuis un mois mais qui, elle, avait les 4 chiffres imprimés sous ceux en 3D. Après avoir légèrement "retravaillé" la signature, je me suis donc présentée comme une fleur devant le même gars de la 2e casa de cambio… Et j’ai obtenu mes 200 CUC, qui devraient me permettre de tenir jusqu’au prochain distributeur.

Et en rentrant en France vous savez quoi ? Je demande une carte VISA !

PS - Update : demande de Visa effectuée  à J+3 après le retour sur le sol hexagonal.