lundi 3 octobre 2016

Hasta la victoria, siempre !

Bon, Cuba n’étant pas encore précisément le pays de la liberté de parole, les connexions internet sont quasi-inexistantes. Pour cette fois, je vais donc poster tous mes billets à mon retour de voyage. Et ils n’auront pas nécessairement un ordre chronologique, mais plutôt des thématiques. Bonne lecture !

Vendredi 2 septembre, 21h, aéroport de la Havane. La première chose qui frappe au sortir de l’avion, c’est la chaleur humide, pesante : pas le temps de descendre la passerelle qu’on est déjà ruisselant de sueur. Ah oui tiens, on l’aurait presque oublié, mais Cuba est quand même au beau milieu des Caraïbes. 90% d’humidité, 35 degrés à l’ombre… « Oui, en septembre c’est une température normale. Ca faiblit un peu en octobre/novembre, confie Dany, un guide de Vinales. Et puis l’hiver, en décembre et janvier, il fait froid : 27/28 degrés en moyenne ». Chacun sa définition du froid, donc.
Bref, la 2e chose qui frappe, une fois la passerelle descendue, c’est… Fidel. Il est littéralement partout. On en arriverait presque à se demander si ça fait bien dix ans qu’il a officiellement cédé le pouvoir à Raul (dont je n’ai aperçu l’image qu’une fois en deux semaines, et encore, accompagnée de celle de Fidel). Panneaux sur l’autoroute, murs peints à son effigie, sans compter les innombrables affiches pour lui souhaiter un « Feliz 90, y mucho mas ». Assez fréquent également, des citations du célèbre monsieur, placardées sur les murs ou même les devantures des magasins. Ce qui peut parfois faire sourire jaune, comme sur cette devanture d’une libraire. « Lire, c’est apprendre, et apprendre c’est un pas vers la liberté ». Il semblerait qu’ici, il manque encore quelques pas pour y parvenir, malgré un taux d’alphabétisation (officiel) de presque 100%.
Mais Fidel a un concurrent. Mort, de surcroit, ce qui le rend d’autant plus indétrônable. Le Che, son fameux compagnon d’arme à la fin des années 1950. Visiblement, Ernesto est encore plus populaire auprès des jeunes Cubains, qui l’arborent sur leurs T-shirts, leurs casquettes ou même leurs porte-clés.
Au-delà de l’affichage, le pays compte plusieurs musées à la gloire de la « révolucion ». A la Havane, ne pas manquer de faire un tour vers le « mur des crétins », juste à côté des toilettes (forcément) ! On se délecte des caricatures de Reagan et des Bush, père et fils, tous se voyant remerciés pour avoir fait avancer, à l’insu de leur plein gré, la cause « socialiste » cubaine !
Le plus frustrant au final, c’est de ne pas pouvoir en discuter avec les Cubains. De l’extérieur, ils semblent porter une sorte de respect, teinté de ce qui ressemble à de la tendresse, pour celui qui les « guide » depuis 1959. Mais ce n’est évidemment pas le genre de sujet qu’on ose aborder de front, même autour d’un mojito bien dosé !

vendredi 2 octobre 2015

Sumatra, son huile de palme, ses feux

Pour le touriste, Sumatra, c'est l'île écolo par excellence: des parcs naturels immenses, des espèces animales endémiques et beaucoup d'efforts pour développer une agriculture responsable. Du moins, c'est ce qu'on lui montre. Mais ça ne prend pas beaucoup de temps pour trouver le revers de la médaille.
En fait, pour Sumatra, l'environnement se résume à deux problèmes essentiels et liés: les feux et les palmiers à huile. Les feux, c'est presque une tradition : chaque année, les agriculteurs (et peut-être quelques autre acteurs...) font des brûlis pour enrichir les terres. Le problème, c'est que ça prend souvent des proportions énormes et plus ou moins involontaires (apparemment plutôt volontaire, si on en croit le locaux): des hectares de forêt prennent feu et des fumées incontrôlables envahissent le pays, mais aussi les voisins, notamment la Malaisie et Singapour. Résultat: un taux de pollution hors du commun, des avions cloués au sol et un manque à gagner important pour l'économie. Chaque année, le président indonésien promet à ses voisins que c'est la dernière fois, et chaque année, ça recommence. Au point que parfois, dans le sud de Sumatra, on ne voit rien à 50 mètres!
Une des raisons pour lesquelles ces feux persistent, c'est que ça permet de faire de la place pour les palmiers. Une culture pas du tout traditionnelle ici, mais qui s'impose et gagne peu à peu du terrain. Il faut dire que les fruits de l'huile de palme se vendent 1 fois plus chers que le traditionnel caoutchouc. Au point que même le gouvernement indonésien y succombe: il loue ou vend des terrains aux entreprises malaisiennes, qui viennent y planter leurs palmiers. C'est qu'en plus la culture exige beaucoup d'eau et perturbe l'écosystème alors... Pourquoi le faire chez soi?

jeudi 1 octobre 2015

Survivre à la jungle et aux orangs-outans !


Mina la caractérielle
Voilà, j’ai survécu à ce qui aura été, de loin, l’étape la plus roots de mon voyage. La dernière étape aussi puisque, toutes les bonnes choses ayant une fin (de même que mes économies), il va désormais falloir penser à rentrer.
Bref, donc lundi soir, je suis arrivée à Bukit Lawang. Encore une fois, le trajet ne fut pas une mince affaire : 2 vols avec Lion Air, une compagnie sur la liste noire européenne (mais bon, comme la plupart des compagnies indonésiennes, donc parfois on n’a juste pas le choix) : 2 heures de retard au compteur et encore 5 heures de voiture pour faire 70 km pour arriver tout au bout de la route. Après, il n’y a plus rien, juste la jungle.  Le trajet se termine d’ailleurs à moto pour arriver jusqu’à mon hôtel, pratiquement le dernier du village. Aujourd’hui, même si le confort est rudimentaire, les hôtels et les guest-houses ne manquent pas. Un véritable renouveau pour ce village, victime d’une inondation-flash en 2003, qui a fait presque 300 morts. Il faut dire que la rivière au bord de laquelle est construit Bukit Lawang est plutôt du genre nerveux. Bref, ici, tout le monde a perdu des proches dans la catastrophe et le sujet revient souvent.
Tout ça pour dire que débarquer à Bukit Lawang, c’est déjà pénétrer dans un monde à part, bienveillant mais pas forcément rassurant au premier abord pour le touriste. Mais ce n’est RIEN comparé à la journée qui l’attend le lendemain s’il a décidé de s’aventurer dans la jungle. Ce qui fut mon cas bien sûr. Moi aussi je voulais voir les orangs-outans ! J’ai donc opté pour un trek de 2 jours, le plus populaire ici car il permet de vraiment s’imprégner de la jungle, sans pour autant passer trop de nuit sous la « tente ». Nous sommes donc 4, deux guides, un touriste australien du genre Indiana Jones des temps modernes, et moi, à nous lancer sur le petit sentier escarpé. L’effort est soutenu, mais il est vite récompensé puisque nous apercevons notre première maman orang-outan, avec son bébé de trois ans. Ici, les orangs-outans sont « semi-wild » : ils ont été soignés dans un centre tout proche puis remis en liberté. Pour faciliter leur ré-acclimatation, le centre  met de la nourriture de base à la disposition des mamans, quand elles ont des petits. Pas facile de décrire ce spectacle vraiment hors du commun. Perchée dans son arbre, la maman nous observe placidement, pendant que le petit joue en passant d’une branche à l’autre. Contrairement à d’autres singes, les orangs-outans ne descendent presque jamais sur la terre ferme, pour éviter leurs prédateurs, les tigres et les pumas notamment (ah tiens, donc ce soir on dort à la belle étoile, dans un endroit où il y a des tigres ? Nice…). Si Madame Orang-Outan n’a pas spécialement l’air surprise, encore moins émerveillée de nous voir, pour les touristes le spectacle est saisissant. C’est qu’ils ont vraiment l’air tout droit venus de la préhistoire, ces bonhommes poilus au visage expressif. Un peu plus loin, nous croisons Mina, une autre maman, célèbre pour son mauvais caractère. Et ça ne manque pas : à peine voit-elle notre petit groupe débarquer qu’elle descend prestement de son arbre et  s’accroche au sac à dos de notre guide, l’empêchant de passer. Mina veut à manger et sait très bien que nous transportant tout un tas de nourriture. Elle aura donc droit à quelques bananes. « Entrance fee ! » nous explique notre guide. En réalité, normalement, on n’est pas censé les nourrir, ni les toucher : ils sont sensibles aux maladies humaines et on risque de contaminer toute la communauté. Au total, nous verrons une dizaine d’orangs-outans, et plein de macaques, Thomas leaf monkeys et autres petites bêtes du coin. De quoi oublier les kilomètres d’escalade déjà engloutis.
Mais ce que j’ignore à ce moment-là, c’est que le plus dur reste à venir : en début d’après-midi, la pluie tropicale commence doucement, puis s’intensifie, pour se terminer en véritable déluge. Imaginez un trek dans la jungle, en terrain abrupt, sur de la terre glaise. Voilà voilà. « Attention, l’hôpital le plus proche est très loin, à Medan », prévient un des guides. Très rassurant, en effet.
Finalement, nous arrivons sains et saufs au campement. Je ne peux pas en dire autant de mes chaussures détrempées, encore moins de mes fringues, dont je me demande comment je vais les faire sécher dans une ambiance aussi « humide ». Car dans ma grande naïveté, et dans le but de voyager léger, je n’ai emporté absolument aucun change ! Me voilà donc en maillot de bain et paréo, à attendre gentiment que mes affaires sèchent au coin du feu.
Le fameux "campement"
Quelques mots sur ce fameux « campement » où nous nous apprêtons à passer la nuit, au bord de la rivière. Je parlerais plutôt d’un abri, composé de bâche et de tôles. Sur le sol, on a posé un plastique, sur lequel le guide étale une natte : c’est là que je vais dormir cette nuit, face à la rivière et dans cet abri de fortune ouvert aux quatre vents… Pour se donner du courage et « pour être sûr de dormir », mon guide et Luck, l’Australien, entament le concours de celui qui fumera le plus d’herbe. « You become one with the Jungle » m’explique Luck. Bon, ma curiosité n’ira pas jusque-là, j’aimerais autant avoir toute ma tête si jamais un tigre ou des moustiques (plus vraisemblable tout de même) débarquent en pleine nuit !
Un excellent dîner : vegetable curry et poulet !
Le dîner, préparé sur un feu au bord de la rivière par les petits cuisiniers du campement (des ados !) est incroyablement savoureux ! Un vrai régal avant d’aller s’allonger sur cette natte posée à même le sol. Gloups. Bon, je ne sais pas si ce sont les 6 heures de marche dans la glaise, les vapeurs de  la fumée de ma « team » ou le bruit de la pluie battante sur le toit de tôle mais en tout cas, j’ai beaucoup mieux dormi que ce que je craignais ! Au point d’enchaîner cette 2e journée avec une facilité déconcertante : escalade pour arriver à une cascade, parfaite pour une baignade rafraîchissante puis retour au village en « tubing », une sorte de rafting local : quatre énormes chambres à air attachées ensemble : un guide sur la première et la dernière chambre à air, avec les bagages, les touristes sur celles du milieu et c’est parti pour la descente des rapides ! Bon, il faut s’accrocher, s’assurer que les bagages sont bien emballés dans du plastique mais sinon, quelle sensation ! Et quelle rapidité aussi : en moins d’une demi-heure, nous sommes de retour au village !

En pratique
>> Pour se rendre à Bukit Lawang, le plus simple est d’arriver à l’aéroport de Medan et d’organiser un taxi avec une agence du village. C’est assez cher, mais il vient vous attendre à l’aéroport et vous emmène directement à votre hôtel. Compter environ 4 heures de route. C’est faisable en transport public aussi, mais super long et compliqué : d’abord se rendre à la gare d’autobus de Medan puis prendre le bus local et ensuite louer un becak pour se rendre au centre du village.
>> Les hôtels ne manquent pas ici. Je suis au Garden Inn, qui possède plusieurs types de chambres pas trop chères et au confort inégal. C’est propre, le resto est bon, le patron parle hyper bien français.  Pas de wifi par contre. Le top du top apparemment c’est l’Eco Lodge, de l’autre côté de la rivière.
>> Pour aller dans la jungle, il est obligatoire d’avoir un guide (de toute façon, ce serait totalement impossible sans guide) : il y a plusieurs agences ici. Si vous voyagez seul, il faut mieux prévoir à l’avance, parce qu’il faut être au moins deux pour partir. Je suis partie avec Sumatra Jungle Tour. Des guides sympas, même si le mien avait franchement tendance à beaucoup trop fumer. Leur campement est plus rudimentaire que certains. Les prix sont à peu près les mêmes partout : environ 70 euros pour deux jours de trek, tout compris.
>> Pour le trek, bien prévoir des vêtements de rechange, une lampe torche, de l’anti-moustique mais aussi de quoi vous occuper le soir (il fait nuit à 18h). Beaucoup plus difficile que ce que les guides laissent entendre, donc à réserver aux personnes en forme, qui n’ont pas peur de grimper ou d’escalader un peu.

mercredi 30 septembre 2015

Se la couler douce à Yogyakarta et ne plus vouloir partir

Le soir, Malioboro s'anime
Avant de passer à Sumatra et à ses orang-outans, je ne peux pas m'empêcher de revenir un peu en arrière pour évoquer Yogyakarta, une de mes escales préférées de ce voyage, même si je n'y ai rien faire d'extraordinaire.
Quand on débarque de Bali, avec ses petits hôtels bien proprets, ses rues pour touristes et ses paysages presque trop beaux pour être vrais, franchement, les premières heures sont compliquées. Surtout quand votre bus a mis 14h à faire 300 km, qu'il fait environ 37 degrés, que votre chambre pue le moisi et que vous avez passé les deux dernières nuits à gravir des volcans!
Mais peu à peu, qu'on le veuille ou non, le charme de Yogya fait mouche. Bien sûr, il y a eu l'aïd, un moment incroyable et magique. Mais même sans l'aïd, l'ambiance, entre nonchalance dans la journée et frénésie à la nuit tombée, ne peut pas laisser indifférent. Le jour, Yogya semble presque dormir. Seuls quelques inconscients touristes, dégoulinants de sueur, arpentent les rues, se perdent dans le quartier historique du Kraton (le village autour du palace du sultan dont, aujourd'hui encore, les 5000 habitant travaillent pour le sultan) ou partent à l'assaut de Borobudur ou Prembanan, deux imenses temples voisins.
J'ai fait partie de ces inconscients, évidemment. Mais j'ai aussi pris le temps de profiter. Pas vraiment le choix de toute façon: par cette chaleur, le simple fait de se mouvoir relève déjà de l'exploit. Profiter de Yogya, c'est se promener en becack par exemple. Bon, avec parcimonie tout de même: le becak, c'est le touktouk local, où votre chauffeur pédale et où vous profitez du paysage, dans une petite "charette" à l'avant du vélo. Pas envie de tuer le pauvre chauffeur à la tâche non plus ! Mais bon, la balade de fin d'après-midi en becack, un vrai délice! Profiter de YOgya, c'est aussi défiler sur Malioboro, que le Routard qualifie de "Champs Elysée" de la ville. MOi je trouve que ça ressemble plutôt aux Ramblas de Barcelone. Des échoppes de chaque côté de l'avenue et des "marionnettes vivantes" et autres charmeurs de vrais serpents (gloups).
Et puis, en fin de journée, une bonne Bintang (la bière locale) bien fraîche s'impose, à moins que l'on préfères s'attabler à l'un de ces petits restos ambulants qui bordent Malioboro (cf photo).
Dans tous les cas, ils sont nombreux, les touristes, à venir à Yogya pour deux jours et à rester une semaine!
 

vendredi 25 septembre 2015

Vivre l'Aïd à Yogya, priceless

Epoustouflant. C'est le premier mot qui me vient à l'esprit pour décrire ma journée d'hier. Hier, c'était l'Aïd. Ca explique donc pourquoi depuis deux jours, les muezzins s'égosillaient non pas 5 fois par jour mais pendant des heures, globalement de 4h du matin (le soleil se lève à 5h ici) jusqu'à minuit. C'était magnifique, mais je me disais qu'à ce rythme-là, les pauvres n'allaient pas tenir bien longtemps. Bref, hier, c'était donc l'Aïd. Et l'Indonésie est le pays qui compte le plus de Musulmans au monde. Et Yogyakarta est souvent décrite comme la capitale spirituelle de Java. Donc hier, c'était le grand jour, et j'y étais!
La jeune réceptionniste de mon hôtel m'avait assuré que je pouvais assister aux cérémonies, mais j'avoue que j'y allais un peu timidement de peur qu'on se demande ce que je faisais là. Quelle surprise en arrivant sur la place du Kraton, où des centaines d'hommes en costumes traditionnels s'apprêtaient à entrer dans le palais du Sultan, pour une grande cérémonie. Un étrange mélange de religion et de défilé vaguement militaire, aux couleurs chatoyantes et à la musique entraînante. Avec des pièces montées entièrement faites de légumes et d'oeufs!  A des années lumières de ce que j'aurais pu imaginer.
Juste à côté, la mosquée ouverte, où la foule de locaux et de (quelques) touristes se presse pour assister au sacrifice des boeufs. Une ambiance incroyable, mélange de bonne humeur et de solennité qui me font bien vite oublier mes appréhensions. Ce moment est si important dans la vie des Indonésiens que certains dépensent des sommes astronomiques pour acheter un boeuf à "offrir". Il y a même un salon spécial, qui se déroule à Jakarta, pendant tout le mois qui précède l'Aïd. Les boeufs s'y vendent entre 800 € et 25000€ !
Dès le lendemain, Yogya, écrasé de chaleur, retrouvera cette nonchalance qui lui est propre, cette sensation qu'ici, le temps passe un peu plus doucement qu'ailleurs. Tant mieux, parce que le charme de Yogya met du temps à s'imposer, il n'est pas aussi "évident" que celui de Bali. Mais cette ville a définitivement pris une place dans mon coeur.

En pratique
>> J'ai séjourné au Pondok Ijo : le personnel est adorable, l'extérieur super, les chambres vraiment "spartiates" comme on dit, et pas hyper propres. Mais au final, on s'y fait!
>> Plein de restaurants "à touristes" dans Prawirotaman : le rapport qualité-prix est meilleur que prévu
>> Craquez pour les becaks, les tuk-tuks indonésiens: ils sont pratiques, pas chers et leurs conducteurs sont souvent très rigolos !


mercredi 23 septembre 2015

"Taxi madam, taxi?" : le business des chauffeurs

Voilà un sujet qui mérite tout de même un post. Si vous avez déjà mis les pieds à Bali, vous avez forcément remarqué que les transports en communs sont quasi-inexistants sur les longues distances, hors destinations ultra-touristiques, et encore. En parallèle, un véritable business des chauffeurs de taxi s'est développé pour les touristes: des grosses voitures japonaises, souvent presque neuves, bichonnées rutilantes... Prêtes à vous emmener où vous le désirez, non sans avoir négocié sérieusement avant le prix de la course.
Surprenant, toutes ces voitures récentes dans un pays où le revenu moyen des cadres est de 800 euros... En fait, il y a deux explications.
- Depuis quelques années, le crédit s'est démocratisé en Indonésie. Nombreux sont donc ceux qui s'endettent pour acheter leur "outil de travail".
- Plus couramment, certains louent une voiture à l'année, qu'ils rentabilisent en jouant les chauffeurs. Il semblerait qu'une course par jour (un long trajet ou plusieurs heures à la disposition du locataire) suffise à rentabiliser la location. Je me demande comment c'est possible, vu le prix élevé de l'essence ici (environ 50 centimes d'euros le litre, certes trois fois moins qu'en France, mais c'est énorme par rapport au coût de la vie à Bali).D'autres louent carrément leur voiture en fonction du programme.
Au final, cela donne des scènes assez étrangers sur les parkings des lieux touristiques où s'alignent les 4x4 "citadins" japonais, tous les même, noirs ou beiges, Toyota ou Suzuki, au point qu'on peine souvent à retrouver le sien.

De la douceur de Bali à la chaleur de Yogyakarta, en passant par les Blue fires du Kawah Ijen !

Scary Bromo
Alors comment dire... Ces trois derniers jours ont été, pour le moins, riches en aventure! Dimanche matin, j'ai donc quitté Bali pour Java, comme prévu. Ce qui n'était pas prévu, en revanche, c'était de me taper 8 heures de trajet dans un "minibus", plutôt le genre fourgonnette déglinguée, sans air conditionné ni ventilation, par une chaleur caniculaire. Finalement, l'heure passée sur le ferry puant le pétrole, la cigarette et l'urine aura presque été un soulagement, en comparaison des soubresauts de ladite fourgonnette où une bonne demi-douzaine de touriste s'entassait.
Bref, 8 h plus tard et à peine arrivée, il est donc l'heure d'aller se coucher: rendez-vous à 1h du matin pour partir à l'assaut du Kawah Ijen, le cratère d'un volcan qui se réveille de temps en temps depuis 2003. Pourquoi une heure aussi matinale? Parce que le guide m'a vendu l'idée d'aller voir les Blue Fires... Et pour ça il faut y aller de nuit, et ce n'est pas une mince affaire! Imaginez donc gravir un sentier pentu pendant une bonne heure, à la simple lumière de votre torche. Bon OK, vous n'êtes pas vraiment seul: plusieurs dizaines de touristes ont eu la même idée saugrenue que vous. A mi-chemin le guide vous tend un masque à gaz "contre les fumées" vous explique-t-il. Et bientôt, vous comprenez: en haut du cratère, une épaisse fumée soufrée se dégage: ça pique les yeux, les narines... Bref, on y est quoi! Tout comme ces porteurs de soufre qui, chaque jour, descendent au fond du cratère et remontent avec environ 70 kg de soufre sur les épaules. Ils font le trajet deux fois par jour, pour quelques milliers de roupies. Et sont d'une patience infinies avec nous, les touristes, qui nous mettons littéralement dans leurs pattes alors qu'ils travaillent...
70 kg de soufre à chaque voyage pour les porteurs...
Car nous descendons nous aussi jusqu'au cratère pour observer les fameux "feux bleus".  Je n'ai toujours pas exactement compris comment elles se forment mais, de fait, une fois en bas, de gigantesques flammes bleues apparaissent puis disparaissent aussi vite qu'elles ont surgi. Impossible (pour moi) de les photographier mais quel spectacle ! Il fait encore nuit quand nous entamons notre remontée. Ce n'est qu'une fois arrivée tout en haut que je découvre le décor dans lequel j'évolue depuis deux heures: au fond du cratère un lac bleu azur. Et juste à côté, l'épaisse fumée jaunâtre qui continue de se dégager: ça valait la peine de se lever à l'heure où l'on va d'habitude se coucher.
On pourrait se dire qu'après ça, n'importe quel autre volcan risque de paraître un peu fade, non? Eh ben non, en fait! Car le lendemain, c'est le Bromo qui nous attend. Et je dois dire qu'il fait son petit effet lui aussi, dans un autre genre! La marche est beaucoup plus simple (et, grand luxe, le départ se fait à 3h30 du mat', la grasse mat' quoi!) mais le choc presque plus grand: on débarque directement face à un trou béant et fumant d'où s'échappe un bruit assourdissant... Un vrai moment de fascination!
Moment auquel je vais avoir le temps de repenser pendant les 12 heures (théoriques) de trajet qui me séparent de Yogyakarta, ma prochaine escale!
Mais ça, c'est pour la prochaine fois. D'ici là, sachez tout de même que pendant ces trois premiers jours balinais on m'a demandé
- 3 fois à être pris en photo avec moi (de totals inconnus bien sûr, sinon ça ne serait pas drôle)
- Demandé environ 153 fois "where is your friend", incapable de croire que je voyageais seule (bin si!)
- Pas une seule fois "taxi, madam? Maybe later?"! Ô soulagement!! ;-)